|
Chères étudiantes,
Chers étudiants,
Chers élèves,
Que serait devenu le monde si l’homme n’avait commencé par être un enfant ?
Ce questionnement qui renvoie chacun de nous devant le miroir de son processus d’accomplissement, interpelle toutes les consciences, face à des interrogations existentielles qui portent sur la relève de la famille, la vitalité de la culture, les chances d’une économie, et in fine, l’avenir de la nation.
Mais avant d’aborder ce questionnement, qu’il me soit permis, en mon nom propre et surtout en celui du Peuple du changement, de présenter à chaque étudiante, à chaque étudiant, à chaque lycéen, à chaque collégien, bref à chaque élève, les vœux de santé et de grande réussite pour l’année nouvelle.
Monsieur le représentant,
Votre belle intervention, qui a particulièrement retenu notre attention, a eu le grand mérite de ramener à notre esprit, une séquence déterminante de la vie de notre pays.
En effet.
Le 17 janvier 1990, qui a désormais pris place dans le registre des grandes dates ayant marqué le retour du multipartisme au Gabon, est une page blanche maculée de sang. Du sang des martyrs de la liberté.
Face à des conditions de vie particulièrement difficiles, qui appelaient de simples mesures d’intendance pour rendre les amphithéâtres plus fréquentables, et la cité universitaire plus conviviale, vos illustres devanciers ont essuyé les foudres du Pouvoir.
Avec la suspicion comme instrument de travail, les forces de police nationale ont violé les franchises universitaires, et sans coup férir, ont fondu sur le campus universitaire, un mercredi 17 janvier 1990 désormais de triste mémoire, avec pour toute consigne, de démanteler une prétendue cache d’armes, qu’un certain Pierre MAMBOUNDOU déjà en exil à Dakar, aurait entreposées en cité universitaire.
Chers amis,
A la vérité, l’instant que nous célébrons aujourd’hui marque la rencontre entre un homme et ses alliés naturels, des alliés de tous les instants, toujours accusés de tout le mal du pays, alors qu’ils n’ont jamais été associés à sa gestion, ou au partage du gâteau.
Mieux que la condition commune d’accusés perpétuels, nous partageons une détermination commune dans l’action.
De la manière, dans un contexte particulièrement hostile, où toute expression de liberté était totalement interdite, les étudiants n’ont pas hésité à affronter le régime en place pour réclamer haut et fort l’amélioration de leurs conditions d’existence, de la même manière, votre interlocuteur n’a pas hésité, en 1989, de rendre publique à Paris, la création de l’Union du Peuple Gabonais comme alternative valable pour le pouvoir, alors que le parti unique était inscrit dans la Constitution de la République.
De ce fait, s’il est indéniable que la conférence nationale a forcement puisé dans l’action du MORENA engagée en 1981 à la gare routière une inspiration lointaine, il est à tout point de vue indiscutable qu’elle a trouvé dans les mouvements impulsés à Paris et de Paris, avec la création de l’UPG, et à Libreville, avec l’action des étudiants, le ressort suffisant qui a fait se mouvoir toute la vague de fond qui a conduit à la recomposition du paysage politique et institutionnel gabonais.
Aujourd’hui, près de quinze ans après, force est de constater que ce mariage de cœur et de raison, qui a survécu à toutes les manipulations, est devant tous les yeux.
Après les ministres du culte, je suis flatté de constater que notre jeunesse a pris, avec courage, ses responsabilités, toutes ses responsabilités devant l’histoire. Ce qui l’honore.
En regardant dans le rétroviseur des grandes nations du monde, l’observateur remarque, que du fait de leur niveau de formation, du fait de leur ouverture d’esprit, du fait de leur foi dans l’avenir, les jeunes ont de tout temps joué un rôle à la fois de catalyseur et d’accélérateur, dans l’évolution des phénomènes politiques.
Pour s’en convaincre, je me limiterais à citer deux exemples.
Le premier se situe en Afrique du sud, et porte le nom très évocateur de UMKOTHO WA SIZWE, autrement dit le fer de lance de la nation.
Face à l’oppresseur, cette organisation, fortement animée par la jeunesse patriotique de l’Afrique du sud, a joué un rôle déterminant dans le démantèlement de l’un des systèmes les plus odieux du monde, parfaitement coulé dans les lois scélérates, le tout, devant une communauté internationale totalement médusée par autant de hardiesse, alors qu’elle éprouvait la plus grande peine à trouver une voie de sortie.
Le deuxième exemple sera emprunté à la France, pays aux institutions bien assises.
En mai 1968, un mouvement parti des facultés et conduit par des étudiants, a eu de grandes incidences sur la vie de la nation, s’offrant au passage une profonde secousse sur les institutions de la cinquième république, secousse qui a fini par avoir raison du général De GAULLE lui-même.
Ces deux exemples, qui ont valeur de symboles, permettent de tirer deux grands enseignements.
Le premier pour montrer que l’adhésion des jeunes va toujours aux causes justes, parce que l’action des jeunes reste foncièrement mue par cette idée noble de justice, d’équité, et de grande solidarité, loin de tout calcul opportuniste.
Le deuxième montre que l’implication déterminée des jeunes pour une action est le point de départ de toutes les grandes révolutions du monde.
Voilà pourquoi la jeunesse est la hantise de tout régime totalitaire.
Et de tout temps, l’objectif de tout pouvoir totalitaire est de distraire les jeunes autour de choses futiles, afin qu’ils ne se concertent pas sur les grandes préoccupations de l’heure.
Mais comment détourner les jeunes des dures réalités quotidiennes, qu’ils endurent chaque jour ?
Ne sont-ils pas les victimes innocentes de la mauvaise redistribution du revenu national ?
La cité universitaire est-elle dans un état si idyllique pour que les étudiants n’aient aucune raison légitime pour se plaindre ?
Les internats sont-ils simplement ouverts pour que lycéens et collégiens n’aient plus à attendre des heures entières pour avoir un hypothétique moyen de locomotion pour se rendre à l’école ?
Face à ces carences élémentaires, qui engagent leur avenir, pourquoi s’étonner que les jeunes prennent en main le combat pour le changement ?
Chers amis,
Tout est dans la nature des choses. Le combat pour un mieux être est un combat pour les jeunes.
Loin des slogans farfelus, qui n’ont sacralisé la jeunesse que dans le verbe, notre approche des questions de formation et d’éducation se trouve au fondement de notre action.
L’école pour la vie, voilà notre credo.
A partir du pré primaire, nous entendons donner une impulsion à la formation, qui va avoir vocation à accompagner l’enfant jusqu’à dix huit ans, par un système qui n’abandonnera personne en chemin, l’orientation vers les filières générales, techniques ou tertiaires devant intervenir par identification des aptitudes et non par constat des échecs.
Dans l’immédiat, nous avons prévu des mesures urgentes, dont les plus importantes sont les suivantes.
Au titre de l’année académique 2006-2007, nous entendons renouveler la bourse à tous, quelques soient les résultats, afin de redonner sa chance à tout le monde, au terme des années blanches bien souvent subies par chacun.
En outre, l’obtention du baccalauréat sera désormais la seule condition d’obtention de la bourse de l’enseignement supérieur.
La réorganisation du campus et de la bibliothèque universitaires, constitue un axe qui impliquera l’intervention des étudiants qui en sont les premiers usagers, dans son processus de règlement.
S’agissant des cycles de formation, notre volonté est de parvenir de manière progressive, après étude de faisabilité rondement menée, à la mise en place des cycles complets dans chaque filière de formation.
Chères étudiantes, chers étudiants et chers élèves,
Pour atteindre tous ces objectifs, il me vient à l’esprit cette pensée de CONFICIUS, qui disait qu’Entre le passé où sont nos souvenirs et l’avenir où sont nos espoirs, il y a le présent où sont nos devoirs, qu’il faut affronter.
Aujourd’hui, le devoir de chaque citoyen est d’aller chercher les résultats électoraux là où ils ont été confisqués.
Suffisamment conscients de leurs intérêts, les étudiants et les élèves doivent se mettre en service commandé, pour parvenir à restaurer les résultats du suffrage universel, tel qu’il s’est véritablement exprimé les 25 et 27 novembre 2005.
Le passage en force que j’ai révélé dès le 26 octobre 2005 aux représentations diplomatiques de l’union européenne, vient de se confirmer par l’absurde, par l’innommable Cour Constitutionnelle, cette bonne gardienne du temple, qui a définitivement fait la preuve de son incapacité objective à garder la Constitution.
En face, vous aurez beaucoup de gesticulations, beaucoup de trafics d’influence, et beaucoup d’intimidations.
Tout ceci ne sera qu’effets de manche, qu’effets d’annonce, pour sauver un décor désormais chancelant, qui sera emporté par les coups de boutoir qui s’annoncent de partout.
Cette arrogance affichée par deux cent personnes, parfaitement identifiées, qui jouissent et profitent de la totalité des richesses du pays, ne peut plus s’imposer à tout un Peuple.
Oui chers amis,
C’est parce que deux cent personnes refusent l’alternance et sont prêtes à mettre le pays à feu et à sang, pour protéger leurs acquis du pétrole, que toute une nation entière tourne en rond et va basculer dans l’impasse.
Cette arrogance va bientôt connaître son épilogue par l’action déterminée et engagée d’une jeunesse consciente de son avenir et de son devenir.
Oui,
La reconnaissance que vous faite ce jour, de votre Président de la République, est un pari sur un avenir qui s’engage à partir d’un présent qu’il s’agit de construire avec des mains fermes.
Pour notre part, et sans moyens conséquents, nous avons été de tous les combats.
Au terme des opérations électorales, nous avons récusé toutes les décisions de la cour depuis le 16 octobre 2005, date au-delà de laquelle, la Haute Juridiction a cessé d’avoir une composition régulière.
Désormais, il faut savoir que toutes les décisions de la cour à compter de cette date, sont nulles et de nul effet en droit.
Il en va ainsi de la proclamation des résultats électoraux, de la décision ayant prétendument vidé le contentieux électoral, et il en sera également de même de l’hypothétique serment qu’elle se propose de recevoir le jeudi 19 janvier 2005, de la part de quelqu’un qui a décidé d’usurper le titre de Président de la République, si toutefois vous permettez que notre pays continue à être associé au ridicule jusqu’à cette farce de très mauvais goût.
A mon niveau, comme je l’ai dit, je n’ai plus de consigne à donner aux gabonais, qui doivent et se sont désormais appropriés ce combat.
J’attends désormais les résultats.
Je vous remercie.
Fait à Libreville, le 17 janvier 2006
Le Président de la République
Pierre MAMBOUNDOU
|
Commentaires